Littoral

Claude Monet "Temps calme"
Le rocher s'enfonce
visage résigné.
Sous la mer il cherche pudique
pourtant l'endroit d'où il vient.


Demain

Avec toi je regardais
défiler les lettres rouges dans
la nuit la plus froide. Il
nous faudrait aimer une vallée avec
ses Motels et ses sacs de cailloux, sa vue
sur les canyons. Nous en voulions
pour notre argent et déjà demain
était beaucoup trop loin : une route
de poussière, interminable, une soif
inextinguible au milieu des cactus.
Un vent glacé
passa dans nos manteaux, cette nuit-là.

- 36 édition, collection 8pA6, N°75,  2013.


Les sept maisons


Il me manque un hameau
dont l'une des sept maisons
serait le second refuge après
celui où je respirai la première fois.
Les six restantes auraient des lumières
vibrantes aux fenêtres. Toutes
seraient le multiple d'un âge
que l'on compte parmi les humains
comme une heure féline
avant la fermeture de la nuit.

LOIN LE SEUIL, Editions de La Crypte


Loin le seuil, janvier 2017.
Anael Chadli accompagne le recueil.
80 pages - 14 €


Adjectif

Le matin tourne en boule
et l'été touche à l'automne
dans nos peignoirs sans motifs,
à neuf heures moins le quart.
Le café ne se sucre pas,
la cuiller tinte, l'alarme
intime nos regards.
C'est en heures que nous
nous connaissons. En année,
nous serions des graines dans le vent. Sur
le bord de la tasse, le café trace un serpent :
il glisse quand remonte la pomme d'Adam.
C'est un matin privé d'adjectif.



BON DE COMMANDE  


Veste

Ma veste de marié
a dix-huit ans à peine
Peut-être a-t-elle été fabriquée
bien avant. Quelqu'un l'aura portée
avant moi peut-être celui que je ne vois pas
trois fois plus âgé qu'elle au moins en moi, qu'importe
La doublure est moirée le tissu lâche
est-ce ainsi qu'il faille chanter le présent


Ecorce


Avec la chaleur
la peau craquelle
la chair fruitée
livrée au regard s'émancipe.
En est-il ainsi
de nos vies qui
d'en toucher d'autres
brisent l'écorce qui les enfermait.


Chut !

Comme la pluie est vieille
Photo : F.B
elle agite son collier d'os
contre les carreaux
elle est tombée autrefois
elle remonte légendaire dans l'instant.
Le corps se repaît de rythmes
dont il n'aurait voulu entendre
la friabilité.






Arpa, n° 118 - décembre 2016


Poèmes et proses : Michel Monnereau, Marc Baron, Jean Pichet, Béatrice Marchal, Claude Albarède, Jean-Pierre Boulic, Isabelle Lévesque, Françoise Vignet, Florent Toniello, Nouri Al-Jarrah (traduit par Aymen Hacen), Paul Beaujard, Pascale Flavigny, Benjamin Guérin, Jean-Christophe Ribeyre, Eric Desordre, Fabrice Farre, Emeline Houël, Brigitte Donat et Jean-Pierre Farines.

Etude : Jean-Marc Sourdillon « Quelque chose bondit » pour Poèmes d'après, de Cécile Holdban (Arfuyen, 2016).

Entretien de Colette Minois avec Lionel Balard.

Chronique et lecture d'Isabelle Raviolo et de Gérard Bocholier.

Le fil du temps : Jean-Michel Baillat, Didier Ayres, Peter Bakowski (traduit par Mireille Vignol), Muriel Sendelaire, Bernard Mathieu et Michel Lucarelli.

Les sept dessins sont de Dominique Barrot.

L'invité


La table contre le mur
n'a jamais aussi mal accueilli
l'invité qui doit venir (s'il vient).
Il manque une assiette, un couvert
bien qu'inutiles ils sont espérés.
Le mur serait alors illusoire 
et la table plus digne sur ses pieds.

Microbe n°99, janvier-février 2016

Thème : La peau. Les illustrations sont d'Alissa Thor.

Les auteurs, choisis par Mireille Disdero pour cet avant-dernier numéro : Muriel Carrupt, Souad Labbize, Marlène Tissot, Cathy Garcia, Marianne Desroziers, Anothine L, Szilvia Deak, Laurence Skivée, Alain Crozier, Murièle Modely, Samaël Steiner, Clémence Kara-Delbart, Eric Dejaeger, Minh-Triêt Pham, Marie-Claude Viano, Georges Elliautou, Sandrine Waronski, Alexo Xenidis, Marie Gross, Fabrice Farre, Isabelle Bonat-Luciani, Roselyne Sibille et Jean-Marc Couvé.


Contact : ericdejaeger@yahoo.fr

A cette heure

A cette heure
je vieillis bien moins vite
à te regarder parcourir
la corniche et l’allée immobile
des acacias

il y a même une fontaine
d’un marbre qui éveille ton tissu
d’une clarté forte

Là où l’ombre se brise
tu commences à parler

le jour plein te donne volontiers sa robe.

(via Francopolis, 2011).

Verso, n°167 (décembre 2016)


Textes de Marie-Laure Adam, Christian Belloir, Patrice Blanc, Clément Bollenot, stéphane Casenobe, François Charvet, Mc Dem, Geneviève Cornu, Bernard Deglet, Fabrice Farre, Hubert Fréalle, Alain Guillard, Willem Hardouin, Gérard Lemaire, Michel L'Hostis, Lodi, Alain Jean Macé, Béatrice Machet-Franke, Céline Maltère, Olivier Millot, Pascal Mora, Jean-Jacques Nuel, Grégory Parreira, Jeanpyer Poëls, Jean-Paul Prévost, Stéphane Robert, Elisabeth Rossé, Nicolas Rouzet, Barbarin Savourin, William Shakespeare, Samaël Steiner, Jean-Pierre Thévenin.
Les illustrations sont de Pascaline Boura, Philippe Lemaire, Corina Sbaffo, Guy Dollian, Jacques Serval et Alain Wexler, les chroniques, de Miloud Keddar, les lectures de Jean-Claude Ribeyre, Valérie Canat de Chizy et Alain Wexler. Enfin, Christian Degoutte présente revues, recueils et auteurs, avec sa rubrique « En salade » et Jacques Sicard « Le cinéma ».

Verso, n°167,120 pages, 6 €. Contact : Alain Vexler, 547 rue du Genetay, 69 480 Lucenay.

Terre à ciel, octobre 2016

Le nouveau numéro de Terre à ciel, à découvrir <ici>


A verse, n°12 (automne 2016)



Photos de Pierre-André Poinsignon et Bastien Engelbach.
Gouttes : Maud Thiria, Fabrice Farre, Manuel Becerra SalazarNathalie ManAndrea Franzoni, Cécile Fletcher, Naoko Hirata, Séverin des Mazery, Perrine MarliereJoachim Arthuys et Alena Meas.

Miroirs : « Hommage à Yves Bonnefoy ».

Résonances : « Enigme est ce qui pur a jailli », entretien avec Michel Deguy, par Silvia Majerska.

Rebonds : essais, notes de lecture.
Voltes, d'Irène Gayraud, dessins de Jean-Gilles Badaire, Al Manar, 2016, par Blandine Poinsignon.
Le Pays derrière les larmes. Poèmes choisis, de Jean-Pierre Lemaire, Coll. Poésie/Gallimard, 2016, par Cathia Chabre.
L'Automne à Pékin, de Boris Vian, 10/18, par Loïc Braunstein.

Ondes: textes libres.
Claire Nazikian, Isabel Hion (traduction de Claire Masar, relecture d'Irène Gayraud) et Loïc Braunstein.


A verse, n°12, automne 2016, 96 pages. 10 €.
9, rue Bonnevin Carré, 77 130 Montereau-Fault-Yvonne.
Contact : revue.averse@gmail.com

Ton prénom : Lucia...


Ton prénom : Lucia, frêle insecte au pied
du mur où nous comptions les soleils, dans la langue.
Tes mains scellées n’avaient pas de paume,
au jeu pourtant elles s’ouvraient.
L’orgue sarde du vent blanchissait les toits,
les figuiers sonnaient, en rien barbares, nous
avions trouvé le centre, sans doute l’odeur
du fruit, et l’un ou l’autre touchait enfin
la paroi, sans être vu ni des silhouettes à laine
ni des têtes au travail recourbées dans leur visage.



In Terre à ciel, octobre 2016. 

Feuille, in Osiris n°82

Lien
Dans la feuille ourlée, le vent s'est engouffré, ton nom aussi. La feuille tombe à l'oubli, ses nervures sont des chemins sur elle-même. C'est une joie de quitter la branche, d'être l'oiseau de tous les jours. Survivre est un vol loin des terres comme celui de l'aigrette parvenue à s'extraire des sansouïres.





Rentrer

Je rentre : j’ai fini de sortir
d’accabler mon sort
aux lignes de bus, seuls
méridiens de la perspective.
L’imaginaire mélopée de la radio
traverse ma cuisine, loin
de la ville, loin des murs
dans ce lieu de quelques
centimètres carrés où l’itinérant
reste parfois attentif à ce qui ne se passe pas.


Voyage


Le train nous emporte loin
mais nous ramène souvent
près de la terre et des gens ;
ceux-là mêmes nous attendent
en cet endroit que nous croyons
Maria Elena Vieira da Silva, "Gare Saint-Lazare"
(Huile sur toile, 1949).
reconnaître au terme du voyage :
un quai, une rue, un visage.

Toucher terre

Les bêtes sonnent une messe de lumière,
Crouzilhac est au bout du doigt. Un
verre de cette boisson nous rend plus vivants
et la buée nous pousse à faire des dessins
semblables à l'avenir : une bulle de présent
dans l'eau noire.



Vue

La vue est paisible
On trouve sur les côtes
des arbres qui marchent
sous la lumière comme
les filles qui sont
de nulle part. La route
n'est pas visible d'ici
on la devine on l'aperçoit
là-bas au bout entre les terres
elle est brune à peine
et ce jour-là l'été est libre
et le vent gonfle sa robe.