Fil


Tu sauras que je pense à toi

que je t’écris sans même rédiger

une seule ligne de vie

à chaque pouls ressenti, jusqu’aux dernières

capillarités du monde, tu m’entendras de l’intérieur

Sort


Notre sort est semblable à ce fil
qui ne cède jamais et continue
tendu sans nous. Je n’en connais
pas la matière, ni le début ni la fin.
A trop chercher, nos miettes tomberaient
dans l’oubli, en dessous du sort.
 

Comme ça


Azyme ou à chanter

le pain, nous le volons

chaque jour sous la table

de la miséreuse condition,

à nous étonner de la moindre

poussière de lumière, de la plus

haute croûte qui nous blesse.

Chaque jour a ce goût

de messe tremblante

au pied d’une question

qui a couleur de Christ.


Histoire de rien

Je m’en remets aux
blessures de mes chaussures.
Avoir tant marché et n’avoir
jamais quitté les rues. Avoir été
sans possession ni devenir
d’un ADN propice à l’usure
comme mes lacets.
Je suis d’un cuir dur, cependant, jamais
de ce simili plissé qui
exprime à lui seul la difficulté
d’être à plat, la facilité à me taire.


Paru initialement dans "Le florilège" de soc & foc.