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Affichage des articles du avril 20, 2013

Fabrique

Tu me parles :

c’est le bruit
de tes talons sur
le carrelage. A chaque
rainure du sol que je
fixe par le carré de l’habitude
je dialogue avec
la nervure du dessin
issu d’une usine lointaine,
respire avec le fabriquant
haletant et reste de faïence jusqu’à
ce que cède le carreau cuit
quand tu claques la porte et
que je te suis des yeux à travers les murs.

A la fête

Par ici, on rit beaucoup — on se passerait

bien de parler des défunts

que furent ces jours chichement passés.

L’allumette nous mesure, la dernière cigarette

aussi, le Petit Bleu que je n’ai jamais goûté

pourrait bien être le dernier péché, par-dessus

les garde-corps : il tient dans un verre

et ne donne qu’un degré restreint du vertige

provoqué par l’idée que l’existence soit arrachée à la terre.

Rebours

Quand on secoue
la petite boîte bleue
un poids bouge en elle :
elle sonne. Nous sommes
morts dans cette vie-là,
n’est-ce pas. Nous vivons
aujourd’hui dans cette autre.
Cela résonne comme l’oubli
au risque de ne plus avoir
de mémoire du tout,
d’aller découvrir le poids et
d’ignorer la boîte et sa couleur.

Deux heures

La nuit au goutte à goutte

(il ne pleut ici que des étoiles)

le cœur du métronome

et une joie qui vient ronronner.



Dans mes mots j’avais choisi un jour

je t’aime et tout autre vocabulaire

félin fuyant maintenant jusqu’au fond

de la ville sous les petites lumières.


Ce soir, je suis là-bas

un instant, dans les mouvements

les voix et les rires des gens. Il est tard.

De ma terrasse sur les toits de zinc

je ne sais quelle heure choisir.

Facile

Il serait tellement facile
de te retrouver dans ce lieu
qui ne tient qu’au hasard.
C’est sans doute l’endroit
que j’imagine mais qui
n’existe guère. Pour le nommer
il me faudrait connaître
la géographie soudaine qui revient
à celui qui sait s’orienter sans jamais douter.
Ainsi, l’idée de te revoir attise
le désir d’une appartenance, le feu
d’un fantasme à la mesure de ma désorientation,
la cendre d’une banale rencontre à la mesure
de qui n’écrit pas s’il sait où aller quand il veut.

Lessive

Les pommes sur ton foulard
l’impression de revenir de ne voir
cet ocre qu’à l’occasion d’un été chaud
les voix dans les feuilles diffuses les pas
jusqu’à soi ; l’automne est dans l’été
et le foulard pendu à ton cou
se pend sur le fil à linge dont je me sers
comme ligne de conduite au-dessus du vide
des HLM plus hautes aujourd’hui qu’hier


Taylorisme

La chanson de mon usine

raconte que le ciel

n’existe que le samedi ou le dimanche

elle dit aussi

que les campagnes sont bonnes

à prendre pour y rêver

dans la mécanique horlogère de l’oubli

qui fait l’automate


Vivre

La terre s’étire quand passe le percheron

dans les sillons le monde ensemble se sépare

les hommes d’ici sont d’un exil à venir

Moi je me désespère de ne voir germer qu’un faisceau

de lignes noires et des bleus de travail, orphelin de terre