Bain

L'eau est peu profonde, on a pied très loin de la rive. Ici, le lieu n'est à personne et encore moins aux bruits.
Ici, le monde s'écarte.
On pourrait flotter longtemps dans cet espace qui a vu naître quelques milliards d'individus. On pourrait s'assourdir en jouant à bord d'oreille comme une branche morte. On laisserait la lumière aux autres, car en ce lieu qui n'en est pas un, le noir gagne en clarté dans l'énigme du corps reflété qui agirait selon sa volonté ou le mépris de toute décision.
Depuis l'autre bord, on vous appelle. Pourquoi revenir – rentrer, implorent les voix du devoir (...)

La suite dans La figure des choses, aux éditions Henry, en octobre 2014.

Phoenix, le numéro 13 :

Dossier Jeanine Baude.
(textes inédits et contributions de Joëlle Gardes, John Stout, Michaël Bishop, Marie-Claire Bancquart, Jacqueline Michel, Marcel Migozzi, Joël-Claude Meffre, Bruno Doucey). Partage des voix : Poèmes de Gabrielle Althen, Philippe Leuckx, Fabrice Farre, Catherine Bédarida, Nasser-Edine Boucheqif, Hervé Martin, Thomas Vercruysse, Jacques Allemand, Salah Al Hamdani, Myrto Gondicas. Mémoire : Jean-Vincent Verdonnet. Voix d’ailleurs : Shizue Ogawa (Japon, bilingue). Chronique de Jean Blot. Sporades : textes de Jean-Luc Giribone et Serge Airoldi. Arts : Chroniques d'Henri Raynal, Jacques Lucchesi et Gérard Boudes. Notes de Lecture : par Daniel Aranjo, Olivier Bastide, François Bordes, Karim De Broucker, Joëlle Gardes, Myrto Gondicas, Charles Jacquier, Guillaume Louet, Liliane Limonchik, Jacques Lucchesi, Marie-Christine Masset, Claire Vajou, André Ughetto.

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Route

A huit heures, l'accordeur
se penche sur l'instrument droit.
Il entend les sons, entre eux nous vivons,
mais il ne voit pas qui nous sommes,
derrière ses lunettes noires - il est aveugle. Il a pourtant su
venir jusqu'ici, il ne doutera pas de l'argent
que nous lui donnerons. Il accordera
notre quotidien pour un temps et ignorera
que nous ne sommes ni musiciens
ni propriétaires du piano : nous en avons rêvé
comme on souhaite vivre serein ou ne jamais mourir.


Il y a

Laisse donc parler le puits
par où reviennent ceux qui ont un langage

dans le reflet si tu le vois
dans le noir.

Il y a ce corps inepte à tout regret
une image flottée – peut-être

ton visage si tu te penches davantage
pour voir. Certes, l’eau grossit les traits

de la figure des choses