Le pullman

Elle disait le pullman, cet animal mécanique
et jaune qui arrivait en klaxonnant ; celui qui repartait
dans la roche percée par le ciel pour rejoindre
les bruits de la ville, tout chargé de visages qui parlaient
le même langage, de l’autre côté où le soleil
n’a pas de trêve.
Quand au retour Andrea en descendait -
de cette ville inconnue assise froissée à ses côtés sur un siège du pullman -
la vie et l’enfance meilleure et le désordre d’une joie loin
de tout, étaient en vrac dans ses sacs de toile qu’il ouvrait
généreusement. C’étaient les mêmes sacs que les ouvriers
gardaient jalousement sous le bras pour aller travailler. Un jour
nous étions tous partis par le pullman et elle aussi.
Elle répète : « le pullman, le pullman ». Oui, je l'entends.
C'est une voix mécanique et jaune de nulle part, un réflexe au bonheur.

Publié en 2011. Modifié, depuis.

La revue EUROPE, numéro 1039-1040 de novembre-décembre 2015

Lien vers la revue 
Numéro consacré aux frères GONCOURT, à JULES RENARD et à REMY DE GOURMONT.


En ce qui concerne le « cahier de création » de ce numéro, les auteurs sont : Giorgio SCERBANENCO, Walter HASENCLEVER, Franz SCHUH, Margo BERDESHEVSKY et Fabrice FARRE.




Sommaire complet (ici)

Avec Möbius

Fais le calcul à l'aide de la formule
qui donne la surface d'une aire
où tu te promènes et constates
qu'il n'y a qu'une face, dans le nœud
de l'attente. La mathématique
est désarmante et te laisse seul sur le bord.

La figure des choses, éd. Henry, octobre 2014.

FPM, revue de la parole contemporaine, n°7

Illustrations :
Joë Fernandez

Ouverture :
Philippe Jaffeux et Carole Carcillo Mesrobian

Permanence :
Jean-Claude Goiri
Edith Masson


Novembre 2015


Libres courts :
Anna Jouy
Catherine Ferrari
Cerbère
Chloé Charpentier
Fabrice Farre
Gérard Leyzieux                                                              
Xavier Frandon
Patrick Boutin
Elisabeth Goyet
Richard Taillefer
Aline Royer





Braquages :
Jacques Jean Sicard
Georges Thiéry
Murielle Compère-Demarcy
Christophe Sanchez
Arnaud Georges
Serge Marcel Roche



Insolite

Nous sommes ensemble
quatre moins cinq au bord
de la Loire. Il pourrait s'agir
d'une heure précise au bout
des branches misérables.
Il serait probable que nous nous
trompions, bégayant dans le sens
de la marche. Perdus. En vérité,
nous sommes moins d'un,
une décimale en un temps par excès.
Quatre sont ceux que nous aurions pu être.
Cinq est la certitude que nous avons échoué.



Concerto pour marées et silence, revue. 2015, numéro 8.
La Passe, n°22, automne-hiver 2015

Sortir


Je sors de chez moi, la caméra
subjective mord sur la barrière
de l'escalier, plus haut. Je
sors lavé, conscient que je
vais au rendez-vous, comme promis.
Le plan me montre jusqu'à la taille,
américain dans mon allure,
peut-être, mais je ne parle pas l'anglais
si ce n'est la langue de l'inquiétude
lorsque je me demande si je saurai te
fixer sur la place qui bouge, ce jour
de marché. Puis mes pas hésitent
on voit mes chaussures sales, les jambes
des passants, le monde du bas. La caméra
sonde la terre, elle est paranoïa.