Chemin

Le chemin parcouru jusqu'à elle
semble mériter l'arbre sec.
Sa bouche retroussée et édentée
nous laisse entrevoir une partie
de nos vies sombre. Combien
de mots nous séparent d'elle, lorsqu'elle s'exprime
dans un patois terreux dont la poussière
nous aveugle. Nous rions pour souffler
ce que nous voulons laisser au noir.


A l'index - espace d'écrits - n°27, p.102 (2014).


La baleine

Pieter Lastman (1583-1633)
Je reviens 
de la baleine 
que tu connais,
j'ai tout oublié
de moi
la solitude maritime
le saumâtre du jour
la nuit 

Maisons

Au rez-de-chaussée nous avons des histoires interminables de rues.
Au premier étage, nous bavardons loin des lacets urbains et distants,
au second nous songeons à dormir en oubliant qui nous sommes.
Au quatrième, nous ressemblons
aux greniers de la mémoire, clairs bientôt comme des miroirs.
Sur les toits où nous allons en l'imaginant seulement
nous mourons comme les abeilles,
sanctuarisés, avides du miel de la ville,
incapables de toucher au ciel, même après trois essais.



Numéro 6 « Marges », de L'assaut « Poésie nouvelle passée en revue », mars 2015.