La revue Coup de soleil, n° 99

(Mars 2017)
Couverture de Jean-Bernard BUTIN.

Sous la direction de Marie-Françoise Payet-Salesiani et Michel Dunand.


Chroniques de : Jean Chatard, Jean-Claude Gavard-Perret, Jean-Daniel Robert et Michel Mênaché.


Textes de : Ryokan, Lydia Padellec, Dick Christiaens, Eliane Biedermann, Fabrice Farre, Sébastien Minaux, Vahé Godel, Jean-Claude Xuereb et Marie Demaretz.






Source : Arpo.

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Le panier descend
s'accroche au mur
la corde se détend quand il touche terre.
Il se remplit de couleurs
aux noms éclatants et se hisse alors
jardin suspendu paradis pour personne.
Là-haut une silhouette issue du cadre
s'incline et remercie le donateur
que l'on cherche tandis qu'il s'efface
remercie l'air 



 

NOMMER MANQUE


Quel genre de bêtes sommes-nous
assez conscientes que les enfants-poissons
un jour quitteront les cheminées fumantes
les baudroies et autres chimères
pour s'enfoncer dans la nuit
des vieux parents pris aux tentacules
des siphonophores, un jour de grand suicide
où la mémoire les aura conduits




Première parution dans Résonance Générale, n°6

PAYS

La solitude est un pays d'orange
au profil amer, aux arbres droits
annoncés dans l'air avant d'apparaître.
On repart sans cesse du caillou à fleur de terre,
on s'enfonce souvent dans la parole insulaire
avec le mot retenu
pour quelqu'un qui n'est pas encore arrivé.


Editions La Porte




POUPÉE RUSSE

La joie dans la fortune s'habille du triste sort.
Elle hésite mais elle dure rouge à l'extérieur
comme un visage peint avec des traits épais
une vraie figure qui s'inspire de l'intérieur.
Elle s'éclipse cette fois cent fois pudique
affleure sous le vernis qu'elle craquelle rayonne
comme lui qui lisse les choses les plus laides.
Elle emprunte ce stratagème
aux poupées russes qui entrent
dans la chair. Le corps alerte en est la dernière
expression, le premier à tout taire.


MANŒUVRE


Tiens, écoute le murmure de la feuille
un jour de manœuvre : le corps
croît pour la première fois, sensible
au vert du chêne prompt au départ.
Le pré du cœur est vaste, la parole
renonce. Un jour
s'ajoute, de courte mesure, pris
dans le gel d'incertitude ; chiche
en écriture il tient dans la main
avare, avare encore.